
La crème anglaise glacée, et le sucre qu’il faut y ajouter pour qu’elle se serve à moins douze degrés.
Une glace aux œufs est une crème anglaise qu’on turbine. Le principe est vieux, les proportions sont partout, et pourtant presque aucune des recettes qu’on trouve ne se laisse servir à la sortie du congélateur.
Nous en avons passé deux au calcul avant d’écrire celle-ci. La première, celle de David Lebovitz dans « The Perfect Scoop » — sans doute la crème glacée la plus reproduite du monde anglophone — sort à 21,2 % de matière grasse pour une fourchette de 10 à 16, et son pouvoir antigel est à 190 quand il en faudrait 230. La seconde, une recette française de facture professionnelle notée 4,72 sur 5 par cinq cents personnes, s’en tire mieux sur le gras et pas du tout sur l’antigel : 171 pour la même fourchette. Servie à moins douze degrés, elle est à 82 % d’eau congelée. C’est un bloc.
Le motif est le même chez les deux : **elles ont assez de sucre pour le goût et pas le bon pour la texture.** Du saccharose seul, en quantité raisonnable, donne un pouvoir sucrant correct et un pouvoir antigel insuffisant — le sujet [du guide des sucres](/guides/pod-et-pac-les-deux-visages-du-sucre/). Il faut en changer une partie, pas en mettre plus.
Cette recette-ci est donc composée, pas relevée. Elle garde la structure classique — beaucoup de lait, un peu de crème, six jaunes — et remplace une partie du saccharose par du dextrose, presque deux fois plus antigel à masse égale. Le résultat tient dans ses huit fourchettes, et il se creuse à la cuillère à moins douze degrés.
Ingrédients pour 1 000 g
Lait entier520 g
Crème 35 %180 g
Lait écrémé en poudre15 g
Jaune d’œuf90 g
Saccharose100 g
Glucose atomisé DE 3835 g
Dextrose55 g
Stabilisant neutre5 g
Procédé pas à pas
- 1Mélanger les poudres à secPoudre de lait, saccharose, dextrose, glucose atomisé et stabilisant dans un cul-de-poule, remués à la fourchette. Le stabilisant jeté seul dans un liquide s’agglomère en grumeaux que le fouet ne rattrape plus : sa surface s’hydrate et protège l’intérieur.
- 2Blanchir les jaunesFouettez les quatre-vingt-dix grammes de jaunes avec un tiers du mélange sec, jusqu’à ce que le tout pâlisse. Le sucre au contact du jaune l’empêche de coaguler en grains quand le lait chaud arrivera.
- 3Monter à quatre-vingt-deux degrésLait, crème et le reste des poudres à feu moyen, puis versez un tiers du chaud sur les jaunes en fouettant, et reversez le tout dans la casserole. Remontez à 82 °C sans cesser de remuer, et tenez-y trente secondes. Au-delà, les jaunes coagulent ; en deçà, la pasteurisation n’est pas faite.
- 4Refroidir vite, puis maturerPassez au chinois, refroidissez à 4 °C le plus vite possible — bain d’eau glacée, pas le réfrigérateur — puis laissez douze heures au froid. La maturation est le temps qu’il faut aux protéines et au stabilisant pour prendre l’eau qu’ils retiendront ensuite.
- 5Turbiner et extraire à moins huitMixez au plongeant avant de verser, la maturation a pu laisser des grumeaux. Turbinez et extrayez à −8 °C : plus l’extraction est froide et rapide, plus les cristaux sont fins ; [le guide du matériel](/guides/ce-que-change-votre-materiel/) détaille ce que chaque machine y change.
- 6Durcir, puis servir à moins douzePassez au plus froid dont vous disposez jusqu’à −18 °C à cœur, puis sortez-la vingt minutes avant de servir. Le tableau ci-dessus juge la recette à −12 °C, la température à laquelle elle est à son point.
Variantes
- À la gousse plutôt qu’à l’extrait
- Fendez une gousse et infusez-la dans le lait chaud une demi-heure avant de reprendre. Le parfum est plus fin, et vous évitez l’alcool de l’extrait — qui pèse, lui : dix grammes d’extrait apportent vingt-cinq points de PAC, [autant que vingt-cinq grammes de sucre](/guides/l-alcool-dans-la-glace/). Aucun réglage à faire ici, puisque cette recette n’en porte pas.
- Plus riche, sans sortir des fourchettes
- Trente grammes de crème en plus contre trente de lait montent la matière grasse à 12 % et laissent tout le reste en place. Au-delà de cinquante grammes, l’extrait sec approche son plafond et la glace commence à peser en bouche plutôt qu’à fondre.
- Sans stabilisant
- Retirez les cinq grammes et mangez-la dans la semaine. Le stabilisant ne change presque rien au tableau — 0,45 point d’extrait sec — mais il fait la différence entre une texture tenue et un bloc granuleux après trois semaines de congélateur.
Pour cette page
LIENS PARTENAIRES- Dextrose en poudre, 1 kg ingrédient
Un sucre moins sucrant que le sucre ordinaire, qui garde la glace souple à la sortie du congélateur.
- Louis François Stab 2000, 150 g ingrédient
Un mélange de stabilisants déjà dosé, en sachet de cent cinquante grammes.
- SaporePuro stabilisateur pour glaces, 50 g ingrédient
Un mélange de stabilisants déjà dosé, pour ne pas acheter la caroube et le guar séparément.
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